L’écrivain et éditeur François Maspero, icône de la gauche de gauche dans les années 70, s’est éteint samedi, a annoncé Marcel-Francis Kahn, l’un de ses proches, sur le site de Mediapart, une information qui a été par la suite confirmée par son éditeur : « Le Seuil ». Il avait 83 ans.

« Tout en moi affirme que je suis né le 24 juillet 1944, à l’âge de douze ans et demi », écrivait-il dans son autobiographie « les Abeilles et la Guêpe » en 2003, il n’est donc pas mort à 83 ans, mais peut-être à 71 ans, selon les comptes de l'intéressé. Son frère, de sept ans son aîné avait tué ce 24 juillet-là, à Paris, un officier allemand. Ses parents seraient dès lors déportés dans les camps et son frère assassiné au début du mois de septembre. C’est cette absence qui a construit ensuite son œuvre.

Né à Paris en 1932, Maspero  a connu un parcours scolaire, qui selon lui est « chaotique ». Il travaille dans une librairie parisienne puis ouvre la sienne dans le Quartier Latin, après avoir fait une tentative avortée de continuer ses études dans l'ethnologie. Sa librairie « La Joie de lire », implantée rue Saint-Séverin deviendra rapidement le rendez-vous incontournable des intellectuels de gauche. Un lieu de rencontre des personnalités étrangères, à l'invitation du maître des lieux, Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire ou encore Amilcar Cabral.

Il fonde les éditions qui portent son nom en 1959, et a poursuivi le combat qu’il a engagé en Algérie en faveur des indépendances. Il a dénoncé la torture, les violences de la décolonisation, les ratonnades ainsi que « l'élimination des élites » lors de la disparition de Ben Barka, l'opposant marocain et du premier ministre congolais

François Maspero était avant tout, un éditeur. Il crée en 1959, les éditions Maspero qui publiaient des textes sur la contestation du stalinisme, la guerre d’Algérie, le néocolonialisme ou encore le sous-développement. Des auteurs tels que Frantz Fanon, John Berger, Louis Althusser, Jean-Pierre Vernant, Vidal-Naquet, Pierre Yves Lacoste, Tahar Ben Jelloun, Yannis Ritsos ou encore Nazim Hikmet écrivaient chez lui. Il a réédité « les Chiens de garde », de Paul Nizan, paru initialement en 1932.

Certaines de ses publications ont été interdites, valant à la grande figure de la vie intellectuelle française plusieurs ennuis judiciaires notamment de fortes amendes, une prison ainsi qu’une suppression de ses droits civiques. 

L’homme était accablé de dettes et a cédé les éditions Maspero, pour un franc symbolique, à François Gèze et a pris le nom des éditions de La Découverte.

En 2006 François Maspero a été pour l'ensemble de son œuvre primé du prix Édouard Glissant.